Prévenir et intervenir face aux violences conjugales et intrafamiliales

Le Pôle de Ressources spécialisé en violences conjugales et intrafamiliales est actif depuis plus de 15 ans. Né de la mutualisation d’acteurs spécialisés, il coordonne la ligne d’écoute pour les violences conjugales en Belgique francophone, des formations à destination de professionnels, ainsi que le DIViCo (dispositif d’intervention interdisciplinaire pour les situations critiques) de Liège. Depuis sa constitution en ASBL (2023), le Pôle de Ressources peut compter sur le soutien de Crédal pour assurer le préfinancement de ses subsides. Rencontre avec Jean-Louis Simoens, directeur. 

Qu’est-ce qui a motivé la création d’un Pôle de Ressources centralisé ?

Le Pôle est né de la volonté partagée de plusieurs associations pionnières dans la lutte contre les violences conjugales et intrafamiliales de mutualiser leurs savoirs et leurs pratiques. Avant de nous regrouper, les échanges entre les associations spécialisées dans l’accompagnement des victimes de violences conjugales et celles qui travaillaient avec les auteurs étaient plutôt rares… jusqu’à mener à des situations cocasses. Plusieurs acteurs liégeois se sont ainsi retrouvés, un jour, dans la même salle de conférence, à Québec, sans s’être concertés au préalable ! Une évidence s’est imposée : il n’était plus question de traverser un océan pour se parler. 

Pendant des années, nous avons partagé nos expertises, jusqu’à ce que le Pôle se constitue officiellement en asbl, en 2023. Il est issu de plusieurs acteurs : le Collectif contre les Violences Familiales et l’Exclusion (CVFE), Praxis, Solidarité-Femmes, et le Centre de Prévention des Violences Conjugales et Familiales (CPVCF). 

Pourquoi était-il nécessaire de porter une voix commune ? 

Notre modèle a permis de dégager une analyse systémique des violences conjugales et intrafamiliales, en dépassant les approches fragmentées. Cela a renforcé notre impact auprès des milieux judiciaires, académiques et politiques, chez qui nous avons constaté une véritable prise de conscience. Les pouvoirs publics ont manifesté un intérêt pour notre dispositif, au point de nous accorder une subvention pour former les professionnels d’autres secteurs : médical, psychosocial, associatif...  

Sur quel territoire êtes-vous actifs ? 

Nous intervenons sur la division judiciaire de Liège. Un dispositif DIViCo existe également en Brabant wallon, sur base de nos outils et de notre label, mais avec une coordination propre, distincte du Pôle de Ressources. D’autres initiatives similaires sont en cours de développement dans plusieurs provinces, sur initiative du Pôle de Ressources (comme dans le Hainaut) ou d’autres associations locales. 

En revanche, notre ligne d’écoute est ouverte pour toute la Belgique francophone. 

 

Comment votre projet DIViCo permet-il de lutter contre ces violences ? 

Nous sommes partis d’un constat préoccupant : lorsqu’un féminicide est analysé a posteriori, il apparaît souvent que les informations permettant d’anticiper cette issue fatale existaient déjà. Cependant, celles-ci étaient dispersées entre différents acteurs du réseau : chacun détenait une partie du puzzle, sans que l’image d’ensemble ne puisse émerger. Si nous avions reconstitué ces éléments, nous aurions pu anticiper la situation et intervenir. Rassembler les pièces du puzzle, c’est précisément le rôle du DiViCo. 

Par le travail en réseau et une approche interdisciplinaire, nous prévenons les féminicides, infanticides, suicides et enlèvements d’enfants. Lorsqu’un ou une professionnel(le) signale une situation préoccupante, nous activons une cellule de crise. Les informations issues de services sociaux, judiciaires, de santé ou encore du milieu pénitentiaire y sont croisées et circulent en temps réel entre les acteurs impliqués. Elles permettent de construire une vision précise du risque et de mettre en place des mesures concertées et coordonnées. 

Quel est le volume de situations que vous gérez ?

La ligne d’écoute reçoit jusqu’à 15.000 appels par an : elle est joignable 7 j/7, 24h/24. Notre projet DIViCo en région liégeoise a traité 82 situations critiques en 2025. 

Quel rôle a joué Crédal dans le développement du Pôle de Ressources ?

C’est grâce au crédit de préfinancement de subsides chez Crédal que nous avons pu développer notre ASBL, car il y a toujours un délai entre l’arrêté de subvention et son versement effectif. C’est la deuxième année que nous sollicitons ce type de financement. 

 

Pourquoi avoir choisi de vous adresser à Crédal et non à un acteur financier classique ?

Dans notre milieu, beaucoup d’associations partenaires travaillent avec Crédal : c’est une référence ! Nous avons aussi une proximité de valeurs. Nous ne cherchions pas un banquier, mais un réel partenaire du projet.