L’imaginaire en plein air

« Je savais que des forêts comme ça existaient car j’en avais déjà vu dans les films, mais jamais en réalité. »

Cette phrase de Mehdi (prénom d'emprunt), Bruxellois de 9 ans, a de quoi étonner. Et pourtant, elle souligne une réalité : pour bon nombre d’enfants citadins, la nature est une inconnue. Et à la campagne ? Plus surprenant encore : les enfants ont perdu l’habitude de jouer dehors. 

 

C’est le constat de Katrien Vandemeulebroecke, administratrice déléguée de l’ASBL Jouer Dehors à Poulseur. Depuis plus de 10 ans, sa mission est simple : rendre aux enfants le droit du jeu libre, à l’extérieur.

C’est en 2013 que tout a commencé. Alors institutrice primaire, Katrien remarque, dans la cour de récréation, que les enfants éprouvent des difficultés : « ils n’inventaient pas d’histoires, de jeux. De mon temps, après l’école, on prenait nos vélos et on se dépensait dans le quartier. Aujourd’hui, soit les enfants pratiquent un sport encadré, soit ils restent assis devant un écran. Alors dans la cour, ils n’ont plus d’imagination. » Pour Katrien, c’est une vraie prise de conscience : « j’ai compris qu’il manquait du vrai temps libre aux enfants, pour explorer, toucher, se salir, sans les directives d’un adulte. »

Aujourd’hui reconnue par l’ONE comme centre de vacances, l’ASBL Jouer Dehors organise des stages et des classes vertes à Poulseur, ainsi que des randonnées de plusieurs jours dans les forêts luxembourgeoises. « Avec l’arrivée des écoles, nous proposons des activités toute l’année, pour les enfants de 2 ans et demi à 12 ans », note Katrien. 

Celles-ci ont lieu dans le « jardin imaginaire », un terrain qui regorge de ressources, des plus classiques (bricolage, poupées, déguisements, jeux de société…) aux plus inattendues (cuistax sur le RAVeL, pêche dans l’Ourthe, piste de luge sur roulettes…). La seule limite est celle de l’imagination.

« Nous laissons les enfants décider de ce qu’ils veulent faire », explique Katrien. « Certains sont un peu déstabilisés au début, ils veulent que l’adulte décide à leur place à quoi ils vont jouer. Mais ils retrouvent vite leur élan. Ce que nous voulons, c’est leur rendre leur insouciance, tout en rassurant les parents ». En effet, des animateurs sont présents pour soutenir et aider les enfants à développer leurs jeux, mais sans décider du type de jeu ou des règles. Les bénéfices sont nombreux : l’asbl observe un véritable développement de la créativité et de la spontanéité chez les enfants, tandis que les parents se réjouissent de voir leurs yeux briller. 

Afin de transporter les bagages des randonnées et d’assurer toute la logistique de l’ASBL, un crédit chez Crédal a permis à Jouer Dehors d’acquérir une nouvelle camionnette, équipée d’une attache-remorque. « Notre ancienne camionnette était très usée et devenue inutilisable, car elle n’était plus sécurisée. Il fallait aussi que notre nouveau véhicule respecte les exigences environnementales pour pouvoir entrer dans Bruxelles. Nous sommes ravis d’avoir pu l’obtenir si rapidement : tout s’est réglé en un été. » 

En tant qu’ASBL, Jouer Dehors a rencontré de grandes difficultés pour se financer auprès des banques classiques : « notre secteur est complexe et aucune d’elles ne voulait nous accorder de prêt », regrette Katrien. « Chez Crédal, j’ai senti que la conseillère voulait vraiment nous aider. Accessible et réactive, elle nous a fait revoir notre plan financier pour qu’il soit solide, ce qui nous a ensuite permis d’obtenir le crédit. » 

Pour la suite, Jouer Dehors prévoit de déplacer ses activités vers un nouveau terrain et d’y aménager un bâtiment mieux adapté à l’accueil des enfants. Le projet inclut notamment des couchettes insolites pour les classes vertes : un axe que l’association souhaite développer dans les années à venir.