Le modèle coopératif, levier d'une économie plus durable ?
Rencontre avec Olivier Gevart « Crédal » et Mathilde Remy « Cera ».
Olivier Gevart a eu une carrière de Directeur financier dans un groupe familial belge, où il gère notamment la responsabilité sociétale et encourage des actions de microcrédit au Brésil. Il démissionne, change de mode de vie -qu’il réduit - et rejoint alors Crédal, comme administrateur. Il dirige le Conseil d’Administration depuis six ans, et souhaite implémenter les réflexions du Think Tank “Stratégie 2030”, pour une économie à impact, consciente des limites planétaires.
Mathilde Remy est la Présidente du Conseil d’Administration de Cera. Coopératrice depuis toujours, grâce à ses grands-parents qui lui avaient offert des parts, elle s’implique davantage dans la coopérative à la suite d’un master en gestion des entreprises sociales, avec les Pr Defourny et Mertens à HEC-ULg. Elle participe pour commencer à la structure participative régionale de Cera, avant d’entrer au Conseil d’Administration en 2019. Elle en devient la Présidente en 2024.

Mathilde, peux-tu nous rappeler ce que fait Cera ?
Cera rassemble plus de 400.000 coopérateurs autour d’une idée forte : allier valeur économique et sociétale en assurant l’ancrage du groupe KBC/CBC. On devient coopérateur, à partir de 50 € (max. 5.000 €), pour bénéficier d’avantages exclusifs, d’un dividende coopératif et créer un ipact positif dans la société grâce au soutien de projets associatifs et coopératifs. Nous lançons aussi des campagnes d’action avec d’autres acteurs, pour générer une émulation. Ainsi, avec Crédal, nous avons développé le projet Do it Coop qui entend faire se développer la connaissance et l’attrait pour le modèle coopératif.
Encourager ce modèle, c’est apporter une réponse aux défis sociétaux urgents ?
Mathilde : Oui, car les coopératives privilégient par nature l’enjeu collectif plutôt que le rendement à court terme. En fédérant des hommes et des femmes autour d’objectifs communs, elles favorisent des réponses responsables et pérennes aux défis sociétaux.
Olivier : En effet ! La plupart des entreprises classiques n’ont absolument pas conscience de ce qu’est le modèle coopératif et en quoi il peut être intéressant aussi pour elles ! Il y a donc un vrai travail d’information, de sensibilisation, à poursuivre, d’autant qu’il vient croiser des recherches récentes, sur la fin de la « suréconomisation. » Comment déséconomiser l’économie ? Tenir compte des limites planétaires ? Comment remettre la finalité et la mission au cœur des projets ? Je suis convaincu que c’est ce modèle qui pourrait répondre au mieux à toute une série de dysfonctionnements. Or, à l’heure actuelle, il y a environ 670 coopératives agréées sur 1,2 millions d’entreprises, soit 0,06% des sociétés en Belgique.
Mathilde : C’est exactement pour cela que nous voulons rendre ce modèle attractif ! Nous veillons donc à le rendre plus visible et crédible, notamment via le soutien de la recherche académique, le partage de connaissances et l’accompagnement de projets existants ou en développement.
Qu’est-ce qu’il faut mettre en avant pour valoriser le modèle coopératif ?
Mathilde
Je dirais les principes d’entraide, de responsabilité personnelle et d’autonomie, inhérents au modèle. Autant de valeurs qui conduisent les coopératives à faire des affaires d’une manière plus consciente et socialement responsable. Dans un monde qui se polarise de plus en plus, le modèle coopératif permet de construire des ponts et rassembler les gens. Chez Cera, nous croyons à cette puissance du collectif pour bâtir une société qui vise la prospérité et le bien-être pour tous. Et pour que cette ambition se concrétise, il est crucial de rassembler les bons profils et compétences, tant au sein des équipes que du Conseil d’Administration.
Olivier
Je dirais que l’enjeu est effectivement d’insister sur le fait que modèle coopératif ne veut pas dire « gestion à la petite semaine. » Ce n’est pas un modèle universel, il est aussi perfectible, mais dans sa forme la plus engagée il évite bien des écueils actuels : transparence vis-à-vis des parties prenantes, démocratisation de la prise de décision, limitation du dividende, limitation de la tension salariale... Une coopérative qui veut impacter doit avoir une gouvernance exemplaire qui, notamment valorise son capital humain, et sait particulièrement bien s’entourer, avec des personnes qui ont des compétences, mais aussi une vision, et bien entendu, sont alignées sur les valeurs ! C’est ce que Crédal est, ce qui démontre que c’est possible. J’essaye de convaincre d’autres structures « business », par l’exemple. Montrer que, non seulement ça existe, mais aussi que ça fonctionne ! En parallèle, encourager les coopératives existantes à choisir cette voie, c’est aussi leur permettre de trouver comment être résilientes, face à la situation existante, notamment la diminution drastique des subsides, et la recherche de moyens financiers.
Le mot de la fin ?
Mathilde : Je rejoins Olivier, nous devons, tous les acteurs du secteur, trouver comment sortir de l’entre soi, pour faire basculer les points de vue en dehors de notre « bulle ». Apprenons à faire tache d’huile.
Olivier : Oui, en ayant en tête que les limites planétaires impliquent la modération et la diminution de la consommation, mais qu’il reste une croissance inépuisable : celle de l’humain !