Conjuguer transition sociale et environnementale

Comment préserver et même renforcer de réels engagements sociaux tout en relevant les défis climatiques actuels ?

En 2025, Crédal a sollicité Frédéric Chomé du cabinet Factor-X pour dresser son bilan carbone. À l’heure où certaines institutions financières revoient à la baisse leurs ambitions environnementales et sociales, la cohérence entre discours et actions est cruciale. Rencontre.

Sébastien Fosseur : Il faut reconnaitre une tendance préoccupante : de nos jours, beaucoup d’entreprises et de banques classiques limitent, voire annulent, leurs ambitions climatiques et éthiques. C’est un retournement de veste dont nous ne voulons pas chez Crédal : le défi climatique s’adresse à toute l’humanité.

Frédéric Chomé : En effet, notre société s’est construite sur l’exploitation des énergies fossiles, qui déséquilibre le climat terrestre. Les émissions mondiales sont inhérentes aux activités humaines. À chacune et chacun d’effectuer sa part de colibri, dans la durée, pour qu’un mouvement global parvienne à les réduire.

S.F. : Chez Crédal, nous savions que nos activités avaient une forte utilité sociale, mais nous voulions vérifier leur cohérence sur le plan environnemental. Certaines d’entre elles ont une plus-value sociale importante, mais un impact carbone non négligeable : financement de voitures thermiques d’occasion pour favoriser l’accès à l’emploi, ou de travaux pour l’aménagement de locaux de petites asbl… Nous avions besoin d’un outil objectif pour nous évaluer et orienter nos décisions futures.

F.C. : Pour dresser le bilan carbone de Crédal, nous avons examiné toutes les émissions de gaz à effet de serre liées à ses activités pendant un an : celles nécessaires à la vie de Crédal (électricité, matériel informatique…) et celles liées aux financements octroyés. Chaque crédit décaissé a été converti en équivalent CO₂. Les résultats sont très positifs : pour 2024, l’impact carbone de Crédal s’élève à 122 tonnes de CO₂ par million d’euros prêté, soit en moyenne 4 fois moins que les banques classiques.

S.F. : Nous avons constaté que social et environnemental sont des alliés naturels, et que l’économie sociale, par essence locale et responsable, émet peu de CO₂ et ne demande donc pas de choisir un camp. Ce bilan nous conforte aussi dans l’idée que la transition écologique ne peut avoir lieu que si elle est juste, en ne laissant personne de côté. C’est dans cette logique que nous nous donnons comme objectif de continuer à faire des choix sociaux forts avec le cap de la neutralité carbone en 2030. Nous savons que c’est possible.

"Parce que nous voulons que nos bilans carbone et social se répondent et s'alignent, nous restons fidèles à nos valeurs et constants dans nos actions."

F.C. : Crédal le savait donc intuitivement : il est possible de combiner des prêts économiseurs de gaz à effets de serre avec des prêts à vocation sociale.

S.F. : Nous expliquons ces résultats aussi grâce à certains de nos crédits qui réduisent directement nos émissions de CO₂ : il s’agit essentiellement du financement de coopératives citoyennes en énergies renouvelables et des Prêts verts bruxellois (qui aident notamment à l’isolation de logements).

F.C. : « Neutralité carbone » ne veut pas dire « Zéro émission ». Elle signifie, pour Crédal, que l’impact annuel de tous les crédits sera compensé par des projets qui réduisent des gaz à effet de serre, avec un résultat net nul. Et cette neutralité 2030, il faut la planifier maintenant. C’est là que Crédal se distingue des acteurs financiers classiques par ses capacités d’anticipation et de cohérence dans la durée.

S.F. : Un bilan ne mesure pas seulement l’instant T : il affine une vision du futur et les actions à mettre en place. La bonne nouvelle, c’est que nous avons réalisé que monitorer notre bilan carbone était moins complexe que nous l’avions imaginé.

F.C. : Pour 2030, Crédal a répondu favorablement aux pistes proposées et nous avons tracé une stratégie pour continuer à combiner ces deux dimensions. Crédal est un modèle d’institution financière qui parvient à conjuguer avec succès transition écologique et sociale.

S.F. : Concrètement, dans les années à venir, nous maintiendrons notre approche crédit actuelle tout en intensifiant notre soutien aux projets de clients issus de l'économie sociale, tels que les chaudières biomasses et l'éolien. Notre message est clair : renforçons-nous mutuellement au sein de l’économie sociale, au bénéfice de nos finalités sociales, de l’environnement et de notre résilience collective. Pour avoir un réel impact, développons notre communauté de valeurs qui place l’économie au service de la société, et pas l’inverse