Une autre idée du crédit

Une autre idée  du crédit

Roland Burtin a la soixantaine souriante et très occupée. Quand il n’étudie pas ou ne conduit pas ses petits enfants à leurs activités, il est volontaire chez Crédal. Cet ancien banquier est depuis bientôt huit ans une figure incontournable de nos comités de crédit. Un engagement qui a profondément modifié son regard sur la finance.

De formation, Roland est enseignant. De profession, il est banquier : « J’ai très vite bifurqué vers la banque. J’ai suivi une formation pour devenir gérant d’agence indépendant. Et deux ans après, j’étais gérant de ma première agence. » Sa formation d’enseignant lui vient bien à point car, comme il en est convaincu, la relation d’un banquier avec son client doit être pédagogique avant tout : « Bien sûr, il y a une fonction commerciale essentielle dans le rôle d’un banquier mais avant de vendre, il faut prendre en compte tous les aspects techniques que le client doit maîtriser pour qu’il puisse signer dans des bonnes conditions. C’est le rôle d’un bon agent. »

D’agence en agences, Roland prend ainsi de la bouteille et du galon et devient directeur administratif d’une société qui gère quatre agences liégeoises. Dans le même temps, il présente sa candidature pour être représentant des agences indépendantes dans les négociations avec le siège central de la banque. « C’était très intéressant et motivant car j’étais en communication directe avec la direction de la banque. On discutait de tous les aspects financiers, et notamment du commissionnement des gérants indépendants.»

À 58 ans, Roland qui a fait une carrière complète à la banque, a la possibilité de prendre sa retraite et il décide de lever le pied. « Ce n’est jamais un tournant facile à négocier. Même si j’y étais préparé, j’ai quand même beaucoup gambergé. » Comme il a toujours aimé apprendre, il s’inscrit immédiatement à l’université des aînés où il suit un cursus en philosophie, qu’il complètera ensuite par un autre en psychologie. Mais il veut aussi rester actif et cherche de quoi se rendre utile.

Après une rencontre avec Liliane Lebon, coordinatrice des bénévoles chez Crédal, avec laquelle « le contact a tout de suite été très facile », Roland décide de rejoindre un comité de crédit où sont analysées les demandes de crédit des clients. Au début, Roland est sous « le choc » et se demande même ce qu’il « est venu faire ici ». En cause de ce choc culturel ? L’approche radicalement différente de celle qu’il avait suivie toute sa vie de banquier. « Pour moi, c’était simple, tous les dossiers auraient du être refusés. Mais mes collègues du comité parlaient du projet, du porteur, de ce que ça pourrait changer dans sa vie ou autour de lui et ... lui accordaient le crédit ! » Au bout de quelques temps, sceptique, il demande « quand même » à voir les chiffres de sinistre et est « sidéré » de voir que proportionnellement à ce qu’il a connu en banque peu de crédits sont en difficulté.

C’est pour l’ancien banquier une vraie prise de conscience, qui va « changer en profondeur sa façon de voir les choses ». La nécessité de prendre en compte tous les aspects d’un projet – les chiffres bien sûr, mais aussi le social ou le sociétal – lui apparaît. Avec le recul et l’expérience, l’ancien banquier se réjouit d’avoir appris à voir « le projet et le porteur derrière les chiffres ».

Aujourd’hui, s’il devait se résumer en un seul mot, Roland dirait de lui qu’il est un « épicurien ». Il aime profiter de la vie, fait beaucoup de sport et attend avec impatience que son épouse soit retraitée – plus que deux mois – pour faire tous les voyages dont ils ont rêvé…

 

Propos recueillis par Céline GAUTIER 
Journaliste indépendante