Un rôle émancipateur

Un rôle émancipateur

Depuis 15 ans, Crédal accompagne des porteuses de projets. Certaines créent leur entreprise ; d’autres changent de cap. Mais toutes en ressortent gonflées à bloc pour (re)prendre leur vie en main.

Nous entendons souvent que les femmes restent plus frileuses que les hommes à monter leur propre affaire, qu’elles témoignent souvent d’une moins grande confiance en leurs compétences. Nous, nous pensons qu’elles font surtout face à des obstacles plus grands sur le marché du travail et de l’entrepreneuriat.

Pour corriger ces inégalités, Crédal a mis en place, il y a dix ans, un programme spécifiquement adressé aux porteuses de projets, « Affaires de Femmes, Femmes d’Affaires ». Aujourd’hui, Crédal propose toujours de l’accompagnement pour les entrepreneuses mais l’offre de formations s’est diversifiée.

Je n’ai jamais été très organisée, ni dans mes pensées, ni dans ma vie. Crédal m’a permis de ne plus avoir mes idées qui partent dans tous les sens. Je suis aussi beaucoup plus consciente de mes qualités et de mes points forts : par exemple, je sais que j’ai la capacité de m’adapter facilement à l’interlocuteur en face de moi. Anna Clabucova, accompagnée en 2018-2019

Berthe Severain, bénévole chez Crédal, a analysé les évaluations partagées par les femmes qui ont été accompagnées tout au long de ces années. Elle observe qu’il n’y a pas de trajectoire unique. Certaines montent leur affaire, à l’issue de l’accompagnement, et deviennent entrepreneuses. D’autres réalisent que leur projet n’est pas mûr, qu’il ne correspond pas tout à fait à leurs attentes, à leurs compétences ou aux réalités du marché. Et c’est très bien aussi ! « Elles auront fait le point sur leur vie, auront exprimé une envie d’acquérir un meilleur statut social ou économique, de sortir de leur dépendance ou de leur condition. Dépasser une situation d’assistanat ou de burnout, par exemple, c’est déjà gagner de la liberté et de l’indépendance. Même si c’est pour trouver un travail comme salariée. »

Les séances individuelles avec ma coach de Crédal m’ont fait réaliser que la création du projet sous la forme d’une asbl était plus approprié, j’ai mis un peu de temps à l’accepter, mais j’ai réalisé par la suite que c’était une excellente idée. Ma coach m’a également beaucoup aidé à me rassurer sur le fait que financièrement le projet pouvait tenir la route. Tatiana Chatzidimitriou, accompagnée en 2018.

L’autre constat, c’est l’effet bénéfique de l’accompagnement en groupe. « Ça m’a frappée, poursuit Berthe Severain, comme ça ressort des évaluations : le collectif permet d’échanger, de se confronter ou de revoir son projet en fonction de ce qu’en disent les autres. Ce que fait Crédal, c’est magnifique. Peut-être qu’à l’avenir, on pourrait accompagner la mise en place de projets collectifs, entre personnes qui ont des compétences complémentaires ? »

Céline Gautier, Journaliste