Un long chemin vers la propriété

Un long chemin vers la propriété

Aline Gakima ne roule pas sur l’or. Son loyer lui coûte les yeux de la tête, comparé à ses revenus. Mais elle nourrit une idée folle : acheter son propre appartement, afin d’augmenter son pouvoir d’achat.

Avec le soutien du CIRE, elle entame une épargne individuelle auprès de Crédal pour tester ses capacités de remboursement. Aujourd’hui, elle a intégré un groupe d’épargne collective, visite des appartements et a même trouvé un boulot. Dans l’accompagnement de personnes en recherche de logement…

« Je paie 650 euros de loyer et 20 euros de provision d’eau.»

« Mais tu touches combien du CPAS ? » « 1156 euros. » Il y a quelques années, Aline Gakima a cette conversation avec un ami avec qui elle a étudié l’anthropologie à l’ULB. Selon lui, elle paie beaucoup trop cher pour son appartement. « À ce prix-là, tu pourrais acheter. » Acheter, alors qu’elle est au CPAS et qu’elle n’a aucun fonds propre ? Et pourquoi pas…

« Il me parle d’un groupe d’épargne collective. Il me fait le parallèle avec le système de tontine d’Afrique de l’ouest dont j’avais entendu parler au cours. » Le service logement du CIRE (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) a, en effet, reproduit ce principe solidaire : les candidats-acquéreurs constituent une caisse commune, à laquelle chacun peut faire appel s’il doit payer un acompte au vendeur, lors de l’achat d’un bien – acompte que le Fonds du logement ne peut prêter. « Je n’avais jamais pensé à acheter, ou alors plus tard, quand j’aurais un CDI. »

Le service logement du CIRE encourage d’abord les candidats à épargner chaque mois auprès de Crédal afin de tester leurs capacités de remboursement et de se constituer un petit capital. Aline Gakima qui, entretemps, touche 1.170 euros du CPAS, décide d’épargner 120 euros par mois, en plus de son loyer. « C’est énorme. J’ai aussi un compte d’épargne auprès de ma banque, sur lequel je verse 50 euros par mois », explique-t-elle. « Mais à la fin du mois, je vais toujours rechercher l’argent! Avec Crédal, tu dois faire des démarches pour récupérer ta mise, cela m’oblige à continuer. En plus, ils financent des projets sociaux ou culturels, j’adore ! Même quand j’aurai fini, je continuerai à mettre mon argent chez eux »

Pour arriver à mettre 120 euros de côté, la future propriétaire a du trouver d’autres moyens de vivre. « J’ai tapé sur Google ‘où trouver à manger quand on n’a pas d’argent’ et j’ai découvert les Free-Go (frigos en libre accès). Bizarrement, je me suis adaptée. » C’est qu’elle veut aller vite : « Pour être dans la phase d’achat, il faut avoir mis 1.000 euros de côté minimum. Je n’avais rien au départ. J’ai eu la pression. Il fallait que je le fasse. Je n’allais pas revenir en arrière ; tout le monde le savait. Ça faisait une pression sociale autour de moi. Le mois prochain, j’aurai 2.000 euros ! »

Avec sa situation actuelle, le Fonds du logement pourrait lui prêter 150.000 euros avec lesquels elle espère pouvoir acheter un deux-chambres, pour elle et sa fille. « J’ai fait dix visites d’appart’. Je n’ai encore rien trouvé qui me plaisait mais je pense que je vais bientôt trouver. Je me sens prête. »

Les choses s’annoncent bien. Surtout qu’en janvier dernier, Aline Gakima a commencé à travailler dans un CPAS comme « Article 60 », en tant qu’accompagnatrice pour des personnes qui ont perdu leur logement. En attendant le passage chez le notaire, c’est déjà une boucle joliment bouclée.

 

Propos recueillis par Céline GAUTIER 
Journaliste indépendante