Tests positifs

Tests positifs

L’interdiction pour les médecins de recevoir leurs patients, lors de la première vague du Covid, aurait pu signer l’arrêt de mort de la toute jeune Maison médicale de Colfontaine. En ouvrant un centre de testing, elle a, au contraire, pu séduire de nouveaux patients.

« Goéland », « Bruyères », « Genêts », « Clémentine » ou « Primevères » : voilà des noms de Maisons médicales de Wallonie. Et puis, à Pâturages (Colfontaine), il y a « Gilles de Chin ». « C’est un clin d’œil à une légende locale », explique Pierre Lenain, l’un des deux fondateurs de l’établissement de santé. Le Gilles en question est un preux chevalier, qui a rassemblé toutes ses forces pour terrasser un terrible dragon. « Le dragon, c’est la maladie. » Et le chevalier, une petite équipe médicale volontaire qui a affronté le Covid à mains nues.

En 2018, Pierre Lenain et Jérôme Backx, tous deux infirmiers, ouvrent la petite maison médicale, dans la commune de Colfontaine. « C’est une zone un peu critique au niveau santé » : un chômage important, un nombre élevé de grossesses adolescentes, une population en parie déconnectée des services de santé. « Il n’y avait à l’époque que 9 médecins généralistes pour 25.000 habitants. » 

Les deux infirmiers achètent un bâtiment, qu’ils « passent à la dynamite » pour le remettre en état. Crédal intervient alors, avec un crédit de 60.000 euros, pour équiper les locaux (bureaux de médecin, table de kiné, accueil, etc) et accorde un crédit supplémentaire de 20.000 euros en 2019. « Le démarrage était un peu lent », concède Pierre Lenain, et les charges importantes. La Maison médicale propose des services de première ligne grâce à une équipe de trois médecins, un infirmier, un kiné, une psychologue et deux accueillantes.

En 2020, la population est touchée par l’épidémie de Covid-19 et les tests PCR démarrent de manière chaotique. « Les centres des alentours étaient surchargés. Il fallait parfois attendre 4-5 heures. » Et pour une population pas toujours motorisée, les déplacements s’avèrent parfois très compliqués.

Le chevalier Gilles de Chin sort alors son épée. La Maison médicale décide de participer à la stratégie de testing. Le désaccord des médecins généralistes de la région les empêche d’obtenir l’agrément. Tant pis. « On a ouvert de manière pirate, sur rendez-vous. Il n’y avait rien d’illégal mais nous n’avions pas les subventions du fédéral. On était rémunérés par le labo sur les prélèvements. »

Et la demande suit. « Certains jours, on a fait plus de 200 prélèvements. On a frotté très fort. » La police et les pompiers les appellent pour tester leur personnel. Des médecins généralistes envoient leurs patients. Au-delà du service à la population, la Maison médicale y trouve une manière de survivre. « On a gagné en reconnaissance et rentré de l’argent. Sans cela, on n’y serait pas arrivés. A un moment, nous ne pouvions plus recevoir de patients ; nous n’avions plus d’activités. »

La Maison médicale Gilles de Chin est aujourd’hui prête à passer à une autre étape : celle du paiement au forfait et plus à l’acte, lui permettant de renforcer ses missions de prévention et de santé communautaire. A Colfontaine, le dragon se fait de plus en plus petit.

Céline Gautier