Révéler les talents cachés

Révéler les talents cachés

« On peut être nul en maths et devenir un excellent développeur. » Ouf ! A l’école de codage BeCode, l’échec scolaire passé n’a aucune importance. A condition d’être motivé, une nouvelle voie s’ouvre vers l’emploi.

Pour se lancer dans la création d’un projet, il faut souvent un déclic. Un signe positif, une secousse de la vie, un changement personnel. Pour Karen Boers, c’est une claque monumentale : les attaques terroristes de Bruxelles en 2016. Elle connaissait déjà bien le monde des entreprises et leur difficulté à recruter des profils technologiques (elle est la fondatrice de la plateforme Startups.be). Elle réalise soudain qu’une frange de la population se trouve à des années-lumières du marché de l’emploi, faute d’avoir le bon diplôme ou la bonne formation. Et que les entrepreneurs peuvent faire partie de la solution.

Avec deux associés, elle crée BeCode, une école de codage destinée aux personnes les plus éloignées de l’emploi. Lors de l’inscription, on ne regarde ni votre CV, ni vos diplômes, ni si vous portez le foulard ou faites des fautes d’orthographe. Uniquement votre motivation. BeCode sélectionne des candidats qui ont une attitude positive et un enthousiasme pour développer leurs aptitudes dans le domaine du numérique. « Ce n’est pas que ces gens n’ont pas de talent, insiste Karen Boers, c’est qu’ils ne sont pas conscients de leur potentiel. On doit les approcher pour les convaincre que c’est faisable. » Ensuite, on leur transmet des compétences, selon une méthodologie la moins « scolaire » possible, en lien avec les besoins réels des entreprises.

Car l’objectif immédiat, c’est, bien sûr, après quelques mois de formation, de trouver des emplois pour ces personnes qui avaient « décroché ». BeCode encourage les entreprises à jouer le jeu de la diversité et de l’inclusion. Ne regardez pas si les codeurs ont un diplôme universitaire mais s’ils codent bien et ont soif d’apprendre !

Cinq campus de formation sont déjà ouverts en Belgique (Anvers, Gand, Bruxelles, Charleroi et Liège). Tout est gratuit, café et fauteuil de travail inclus. En échange, les jeunes talents sont invités à respecter les règles du jeu : « Soyez à l’heure tous les jours. Tenez votre parole. Acceptez l’échec », etc.

Financé au départ par des fonds privés et publics, l’ASBL se tourne progressivement vers les entreprises privées, auxquelles elle propose des services, comme une aide au recrutement ou des formations sur-mesure, par exemple autour des solutions d’intelligence artificielle pour Microsoft.

En 2020, BeCode prépare son grand virage pour être prête à créer une SCRL avec plusieurs investisseurs privés. Crédal active alors son fonds d’investissement Change, destiné à soutenir le développement d’entreprises à impact social positif, et entre dans le capital de BeCode.

En seulement quatre ans d’existence, BeCode a déjà recruté et formé près de 1500 personnes aux parcours scolaires et professionnels compliqués. Une réponse concrète à une problématique sociétale inquiétante. Et une magnifique illustration de cette règle de l’école : « Contribuez aux solutions, pas aux problèmes ».

Céline Gautier