Nos déchets ont de jolis jours devant eux

Nos déchets ont de jolis jours devant eux

Zoom - Adrien Moscato

Adrien Moscato est ébéniste et designer. Ou designer et ébéniste. Il conçoit des aménagements intérieurs ou des pièces de mobilier beaux et fonctionnels avec des matériaux de récupération.

Après des études supérieures de design industriel orienté vers la matière bois, Adrien a eu envie de se frotter à la matière elle-même et entreprend une formation d’ébéniste et tourneur sur bois. À sa sortie de l’école, il se sent sans véritable expérience et rejoint les Compagnons du devoir, organisation ouvrière basée sur le voyage, la transmission des savoirs et la vie collective : « Pendant 7 belles années, j’ai parcouru la France. Les week-ends et le soir, je continuais de me former aux différents savoir-faire du métier de menuisier et d’ébéniste. Jusqu’au jour où je me suis senti prêt à m’installer. » Et c’est à Bruxelles qu’il décide de s’installer à son compte car, sourit-il, « Je suis tombé amoureux de Bruxelles, de la Belgique et... d’une Belge. Peut-être pas dans cet ordre, d’ailleurs.» Pour se lancer, il a été accompagné par Clémie Vanderwauwen, conseillère accompagnement de Crédal.

Son métier, Adrien le pense à partir de la notion d’espace : « Je travaille à réaliser des meubles et des aménagements intérieurs qui tiennent compte des espaces dans lesquels ils vont se placer. Et de la manière dont les personnes vont interagir avec eux.» Tous ses meubles et aménagements sont naturellement conçus en bois Adrien n’est pas ébéniste pour rien – mais il y a bois et bois. « Au lieu de penser neuf, je cherche à intégrer des éléments recyclés. Je récupère, j’utilise, je détourne. Par exemple, je vais utiliser un vieux volet de la maison pour faire un bureau escamotable.» Adrien a aussi ouvert la chasse à la colle : il proscrit le laminé et privilégie le bois massif issu des forêts européennes, l’épicea pour rester abordable.

Si Adrien articule son métier autour des deux axes de ses compétences – le design, d’un côté, et la menuiserie et l’ébénisterie, de l’autre –, c’est le second qui lui permet de faire bouillir la marmite. Pour le premier, il milite : « Aujourd’hui,  le  design  est  monopolisé par une ‘caste’ aisée de designers et de grandes marques qui peut se permettre d’investir dans des produits et lancer des  gammes de luxe. Pour moi, la qualité des espaces doit être accessible à tous.» C’est pourquoi, aujourd’hui, il travaille à développer des produits écoconçus à partir de matériel de récupération, abordables et design.

L’idée d’Adrien, c’est de développer une gamme de produits réalisés principalement avec des matériaux de récupération et qui peuvent être produits en petite série. Il a actuellement une dizaine de produits à l’étude. « Ce sont des produits que j’ai d’abord testés dans le design d’espace pour des clients particuliers. Puis, je travaille à rendre leur production la plus simple possible afin de pouvoir les reproduire.» L’écoconception, c’est une démarche qui n’est pas encore bien définie dans l’ameublement et il faut prendre de nombreux facteurs en compte : énergie grise, obsolescence du produit, etc.

Une des principales difficultés qu’Adrien rencontre dans cette démarche, c’est l’approvisionnement en matériaux recyclés car s’il veut se lancer dans la production d’objets designés, il doit pouvoir disposer de matériaux en suffisance: « Il n’y a pas encore vraiment de fournisseurs de matériaux recyclés, même si cela commence tout doucement à émerger. C’est comme cela que j’ai commencé à réfléchir avec Jérôme Rassart de Crédal et qu’on a commencé à travailler ensemble sur le projet Ressource Lab.»

En savoir plus : www.ateliermoscato.com

Propos recueillis par Anne-Catherine DE NEVE
Chargée de communication