Les racines du bio

Les  racines du bio

C’est l’histoire d’un groupe de citoyens du pays de Herve, qui a eu raison avant tout le monde : dans les années 80, ils faisaient déjà le choix des circuits courts, des produits durables et équitables, du rapprochement entre consommateurs et agriculteurs. Aujourd’hui, tout le monde s’y est mis. « Nos racines » fait donc face à la concurrence, avec un avantage inestimable sur le marché: plus de 30 ans de sincérité.

Retracer l’évolution du projet Nos racines, porté par l’ASBL De bouche à oreille, c’est se plonger dans plus de trois décennies de militance, de plaisirs culinaires et de respect de la terre. Avec, en toile de fond, un modèle économique obligé de se réinventer constamment, au fil de l’évolution des habitudes de consommation.

Dans les années 80, un petit groupe d’habitants de la région de Herve fait le choix d’une consommation locale, respectueuse de l’homme et de l’environnement – même si, à l’époque, on ne parle pas encore beaucoup de « bio ». « Il n’existait pas des masses de possibilités, raconte Johanna Thouet, actuelle coor-inatrice du projet. Ils ont créé une sorte de groupe d’achats communs avant l’heure, en allant gratter tous les petits producteurs du coin. » Ensuite, l’idée survient de compléter l’offre par des produits du Sud, équitables, commercialisés par les Magasins du monde Oxfam.

Au fil du temps, plusieurs formules ont été mises en place : la vente directe en magasin, les paniers bios, les livraisons en points de dépôts. Avec, à chaque fois de nouveaux défis à relever : la gestion du frais – sous l’œil attentif de l’AFSCA; la recherche de locaux capables d’accueillir un tel réseau au centre de Herve ; l’évolution des demandes – oui au bio, non à l’overdose de bettes !

En 2018, le projet Nos racines a trouvé sa forme actuelle, avec l’ouverture d’un magasin de produits bio, équitables et/ou locaux au centre de Herve, en collaboration avec Oxfam. Le lieu fait la part belle au vrac et au « zéro déchet » et développe l’aspect éducatif autour de ses produits. En parallèle, Nos racines dispose d’un site de vente en ligne, avec une dizaine de points de dépôt.

Cette professionnalisation s’est faite avec l’aide de Crédal. « Ils nous ont aidé avec les chiffres, explique Johanna. On voulait un avis sur les finances, sur la manière de gérer le budget, d’augmenter notre chiffre d’affaire, de travailler sur les quantités et les marges. » Parce que, depuis le démarrage du projet, « la concurrence n’a pas chômé. Il y a de l’offre partout. »

De l’offre commerciale, oui, mais pas toujours animée des mêmes valeurs. « Pour nous, cela n’a pas changé depuis le début: on propose du simple, du local, au prix juste. On se rend compte qu’on doit communiquer d’avantage. On doit expliquer pourquoi, parmi l’offre existante, nous, on doit rester.»

Le magasin attire une belle clientèle mais Johanna sait que rien n’est jamais gagné: « Nous devons davantage réseauter entre initiatives. Nous ne devons pas penser ‘concurrence’ mais comment faire ensemble. Les producteurs et les commerçants ont dur ; il faut se renforcer, en tapant sur le clou de la qualité et des valeurs.»

Dans tous les supermarchés de Wallonie, on trouve les deux grandes spécialités de Herve : un fromage qui chatouille les narines et un sirop de poires qui appelle la tartine. Chez Nos racines, on sait que le fromage sera de la plus belle qualité  et le sirop de poires cuit à l’ancienne sur un feu de bois. La qualité, ça ne trompe pas.

Plus d'infos : www.nosracines.be

Propos recueillis par Céline GAUTIER 
Journaliste indépendante