Les petits pas qui mènent à l’emploi

Les petits pas qui mènent à l’emploi

Il y a 35 ans, un petit groupe de femmes fragilisées par la vie fabriquaient des bonbons artisanaux dans une cave, pour se remettre en selle. Aujourd’hui, au Germoir, ce sont 125 stagiaires par an qui s’initient, par le travail, aux métiers de l’horeca ou du nettoyage. Et qui, au passage, retrouvent confiance en elles.

Dans les années 1980, deux assistantes sociales, Dominique Bricoult et Anne Biettlot, s’inquiètent du sort de certaines femmes, coupées du monde professionnel. La difficulté pour elles « n’était pas tant de trouver un travail que de le garder », raconte Carole Duchâteau, l’actuelle directrice adjointe du Germoir. Comment, en effet, se rendre chaque matin au travail quand on a entendu des cris toute la nuit ? Comment honorer un contrat quand on vit seule et qu’on n’a personne pour aller chercher ses enfants à l’école ? Certains problèmes sociaux et familiaux rendent la vie professionnelle impossible, constatent les fondatrices du Germoir. L’entreprise s’est donc donné pour mission d’accompagner les stagiaires « non seulement dans l’apprentissage d’un métier mais aussi dans la recherche de solutions sur le plan social ».

« Ça y est, j’y suis. Je suis une nouvelle. Tout le monde me regarde: mais c’est qui elle ? », écrivent les stagiaires dans une chanson présentant leur parcours au Germoir. La confiance et l’estime de soi sont au cœur du projet. Un module d’accueil d’un mois a été mis en place, durant lequel les stagiaires se préparent à intégrer l’une des deux formations de terrain (horeca et nettoyage) durant 15 à 18 mois. Pendant cette période de préparation, elles cherchent des solutions pour être disponibles pour le travail qui les attend – et qui ne sera pas de tout repos. « Au Germoir, c’est sûr, dit encore la chanson, je vais pas glander dans mes chaussures ».

En 1982, les femmes fabriquaient des bonbons dans une cave et les vendaient ensuite sur les marchés – quand ils n’avaient pas fondu entretemps. Mais progressivement, le Germoir réoriente ses filières de formation et se professionnalise. Les reconnaissances et labels de qualité tombent les uns après les autres.

En 2000, l’ASBL s’installe avec d’autres entreprises d’économie sociale sur le très beau site des anciens charbonnages de Monceau-Fontaines. Un lieu idéal pour développer la filière nettoyage et installer l’Amour fougue, le restaurant où officient les apprenantes. Encadrées par des professionnels, elles servent entre 30 à 50 couverts par jour, cuisinent pour des entreprises de Charleroi et assurent le catering lors d’événements.

L’herbe est verte à Monceau-Fontaines... Mais un seau d’eau glacé tombe sur la tête du Germoir : les responsables découvrent qu’elles ont été victimes d’un important détournement de fonds. « C’était catastrophique », raconte Carole Duchâteau. Crédal intervient alors pour permettre au Germoir de faire face à ses dettes. Aujourd’hui, la situation est régularisée.

« En juste retour des choses, nous plaçons notre trésorerie chez Crédal, pour qu’ils puissent continuer à aider d’autres projets. »

Pour Carole Duchâteau, l’une des plus grandes satisfactions de ce métier se lit sur les photos des stagiaires. « On prend une photo d’elles à leur entrée en formation et à leur sortie. Et on voit que ce ne sont plus les mêmes femmes. Elles sont transformées. Même celles qui n’ont pas encore trouvé de travail ont développé des compétences organisationnelles ; elles ont acquis une estime d’elles-mêmes ». Et ça, c’est déjà un immense pas, vers le bien-être et vers l’emploi.

Plus d'infos : www.germoir.be

Propos recueillis par Céline GAUTIER 
Journaliste indépendante