Jhoanna et la barbe à papa

Jhoanna et la barbe à papa

Depuis qu’elle est toute petite, Jhoanna Mellino n’a qu’une idée en tête : couper des cheveux – comme sa mère – et tailler des barbes – comme son père ! À peine diplômée, elle contacte Crédal qui lui prête de quoi ouvrir son salon de coiffure vintage à Philippeville. « Barbier 1980 » reçoit les hommes à l’avant, les dames à l’arrière. Et ne désemplit pas. Il faut dire que Jhoanna a recruté un barbier de premier choix : son propre papa.

Enfant, Jhoanna n’avait pas besoin de s’exercer sur ses poupées. Son père lui confiait volontiers les ciseaux ou la tondeuse pour qu’elle se fasse la main sur les clients de son salon. « Je réalise des barbes depuis mes 12 ans », raconte-t-elle, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. C’est aussi à cet âge que Jhoanna commence l’école de coiffure, où elle découvre vite qu’elle a une petite tête d’avance sur les autres…

À 21 ans, tout est plié : Jhoanna a terminé son apprentissage, s’est formée à la comptabilité et a accumulé les premières expériences dans des « barber shops ». Cela a forgé sa certitude : « Ne plus jamais travailler pour un patron. » Elle contacte Crédal, son business plan en poche, pour se lancer comme indépendante. Après quelques mois d’accompagnement, Crédal lui octroie un prêt de 18.000 euros pour louer un local à Philippeville. C’est une autre conviction : « C’était Philippeville ou rien. Toute petite, je savais que je voulais m’installer ici. » Décidément, enfant, Jhoanna avait les idées drôlement claires.

La jeune coiffeuse-barbière ne renie pas l’héritage familial. Le salon de son père s’appelait « Barbier 1981 », en référence à l’année ou il a commencé à travailler. Le sien s’appellera « Barbier 1980 », pour l’année où son père a été diplômé. Le clin d’œil à cette époque où elle n’était même pas née rappelle aux clients qu’ici, dans ce salon tout en bois, on travaille à l’ancienne : coupes aux ciseaux et barbes « all-inclusive » (shampooing, soin, serviette chaude, brushing et whisky !). « Une barbe peut prendre jusqu’à 50 minutes. »

À front de rue, les hommes : tons rouges et verts vintage. À l’arrière, les dames : notes roses, bleues et jaunes, ambiance pin-up des années 50. Le père de Jhoanna vient travailler ici comme indépendant. Tous les barbus de la région se sont passés le mot et le succès ne s’est pas fait attendre. « On vient même d’Alsace ou de Maubeuge.» Jhoanna ouvre le salon à 6 heures le samedi matin et enchaîne les heures sup’. « Certains clients patientent jusqu’à 7 heures! »

Grâce à ce duo fille-père, Philippeville succombe aux modes vintage. Les tendances du moment ?  « Pour les hommes, les grosses moustaches et les coupes à la Elvis. Et chez les dames, les couleurs neutres et les dégradés arc-en-ciel dans la nuque.» Pour rester à la pointe, Jhoanna se forme régulièrement à Milan. « Mais il faut suivre sa mode à soi !», insiste- t-elle. Rien n’empêche, dans ce salon de l’Entre-Sambre-Et- Meuse, de demander une coupe classique, intemporelle ou tout à fait personnelle.

Pour la suite, la jeune coiffeuse envisage de lancer sa propre gamme de produits 100% naturels. Elle y travaille avec une entrepreneuse de Charleroi.

Jhoanna pourrait parler de ses projets toute la journée. Mais le travail l’attend. Il est à peine 10h, en ce mardi matin, et neuf clients patientent déjà dans son salon. Un succès, on l’imagine, dont elle en rêvait déjà, toute petite, en regardant travailler ses parents…

Plus d'infos sur la page Facebook : Le Barbier 1980

Propos recueillis par Céline GAUTIER 
Journaliste indépendante