Interview de Christine Mahy

Publié le 01-04-2021

Interview de Christine Mahy

« Nous vivons un moment de turbulences qui offrent des opportunités »

Christine Mahy, secrétaire générale du réseau wallon de lutte contre la pauvreté était l’invitée de Crédal le temps d’un « Midi de Crédal » en ligne. L’occasion d’aborder la pauvreté dans notre pays et l’effet de la crise actuelle sur la société.

Plus d’un wallon sur cinq est concerné par le risque de pauvreté, à Bruxelles ce chiffre atteint les 30%. Christine Mahy qualifie la situation de dramatique : « les droits les plus essentiels qui concernent l’alimentation, le logement, l’enseignement, la santé, ne sont plus garantis à une partie de la population. La société s’est habituée à voir des gens vivre dans la rue, elle a renoncé à éliminer cette réalité ».

Des associations, de l’aide alimentaire, des centres de nuit ont vu le jour pour venir en aide aux plus pauvres. Des initiatives saluées par Christine Mahy, mais qui participent aussi, selon elle, à l’institutionnalisation de la pauvreté. « Ce qui devrait être une action urgente et momentanée se transforme en un processus normalisé. On a intégré la pauvreté comme un fait. Mais on ne peut pas accepter que ça soit normal ! », s’offusque notre invitée. 

La crise économique et sociale provoquée par la covid-19 complique encore un peu plus la tâche des plus vulnérables mais Christine Mahy souligne qu’une autre population vient aussi à présent gonfler les rangs des personnes en détresse financière : « les travailleurs qui avaient un revenu qui ne permettait que de vivre à flux tendu et qui se sont retrouvés au chômage temporaire mais aussi certains indépendants en personne physique ». Face à ce constat alarmant, la secrétaire générale du réseau wallon contre la pauvreté identifie malgré tout quelques opportunités générées par la crise. A commencer par une prise de conscience d’une partie de la population. Selon Christine des jeunes et moins jeunes remettent à présent en cause l’approche capitalistique et notre manière de vivre et de concevoir la société. L’autre effet positif de la crise selon Christine Mahy, c’est la réactivité qu’ont su déployer les instances politiques du pays, « c’est la preuve qu’on peut réfléchir vite, décider vite et opérationnaliser vite. J’ai dit aux gouvernements : vous venez de m’apprendre un truc, c’est qu’il y a moyen de travailler vite. Alors que pour la pauvreté, on débute quelque chose au début d’une législature et on obtient un début de quelque chose à la fin de la seconde législature. »

Au-delà de ce pied de nez aux instances dirigeantes du pays, les enjeux climatiques sont aussi pour Christine Mahy une vraie opportunité de lier la cause sociale à la cause environnementale. « Il faut éviter de dire que l’urgence climatique est telle qu’on agit d’abord avec ceux qui ont les moyens de contribuer au changement et que pour les autres on verra après. Il y aurait moyen de créer des emplois peu qualifiés pour contribuer notamment à répondre aux enjeux climatiques tout en générant des recettes financières », explique notre invitée.

Interrogée sur le rôle que Crédal doit jouer, Mme Mahy répond que Crédal, doit, elle aussi, continuer à jouer son rôle dans la lutte contre la pauvreté. Elle rappelle que la première des priorités pour les plus pauvres c’est de trouver un logement décent. Selon elle, notre coopérative doit continuer à financer la création de logements de dimensions variables et de qualité, accessibles à tous, pour qu’il ne faille plus « dépenser jusqu’à 60% de son revenu pour se loger dignement ».

 Sébastien DEGRAVE, chargé de communication