Chronique de l'argent solidaire

Publié le 01-04-2021

Chronique de l'argent solidaire

Les finances et la collecte de fonds représentent « le défi le plus crucial pour Crédal. Si les demandes ne tarissent pas, il n’en va pas de même pour notre trésorerie, dont la marge de manoeuvre est toujours plus réduite ». Ces mots sont tirés de l’édito du Crédialogue de juin 1995.

Depuis sa création en 1984, la coopérative doit veiller à conserver un savant équilibre entre les fonds placés par les coopérateurs et l’utilisation de cet argent solidaire sous forme de crédits et micro-crédits. Et puis, elle peut aussi compter sur les subsides publics et sur la générosité de donateurs ou mécènes pour assurer une partie du financement de nos activités sociales.

La première tension entre les fonds disponibles et la demande de crédits arrive en mars 1996. Cette année-là, malgré la hausse spectaculaire du nombre de coopérateurs (passés de 211 à 276 en 1 an) les 130 millions de francs belges placés par ceux que l’on désigne à l’époque comme « les apporteurs de fonds » ne suffisent plus à répondre à la demande. Il faut diversifier et étendre le nombre de coopérateurs et pour cela « utiliser tous les vecteurs de la communication ».

Porté par le souhait d’étendre sa base de coopérateurs, Crédal introduit en 1998 deux types de catégories de parts « radicalement nouvelles » : les parts d’entrepreneurs et de partenaires. Ces dernières sont réservées aux clients et leurs permettent désormais de faire entendre leur voix à l’assemblée générale. Les parts entrepreneurs forment elles un fonds pour les projets avec « éventuelle prise de risque ».

« L’activité se porte bien » annonce le Crédialogue de mars 2002, l’encours crédit atteint en moyenne 87,5% des fonds disponibles. « On constate une progression des fonds de 520.000 euros, dont 25.000 à l’occasion du passage à l’euro », se réjouit Michel Genet alors à la tête delacoopérative. Six mois plus tard,nouveau record : 96% des fonds sont utilisés. Un nouvel appel aux coopérateurs est lancé.

Un appel entendu car en 2006 Crédal continue sa progression et revendique 1056 coopérateurs puis 1330 deux ans plus tard. Vient alors la question du dividende, confronté à une forte hausse de l’inflation. Crédal réaffirme le besoin de proposer des parts qui permettent aux coopérateurs de conserver la valeur de leurs investissements tout en rappelant que la priorité reste le rendement social. En 2008, Crédal doit aussi pour la première fois faire appel provisoirement à des sources de financement externes pour honorer les demandes de crédits.

Aujourd’hui, Crédal revendique 3700 coopérateurs et 43 millions de fonds. Malgré cette progression, les fonds placés ne suffisent pas, ils sont utilisés à 100%, avec un portefeuille de crédits à plus-value sociale toujours plus dynamique. La coopérative doit une fois encore étendre et diversifier sa base de coopérateurs pour répondre aux demandes des clients. Associations, particuliers, acteurs institutionnels, la contribution de tous sera nécessaire. Et si la coopérative est à nouveau contrainte d’emprunter de l’argent, elle peut s’adresser à son voisin français « La Nef ». Crédal peut désormais compter sur une solidarité internationale mise en place entre les acteurs européens de la finance alternative.

Cette entraide européenne couplée à l’engouement de la société pour le financement solidaire et citoyen permettront à Crédal de poursuivre sa mission et de continuer à développer l’argent solidaire.

Sébastien DEGRAVE, chargé de communication