« Sur le terrain, nos militants s’engagent de plus en plus »

« Sur le terrain, nos militants s’engagent de plus en plus »

Renforcer les contrôles autour de la vente d’armes wallonnes, respecter les droits humains fondamentaux des migrants… Les combats menés par la section belge francophone d’Amnesty International ont été nombreux en 2019. Et cette année a été marquée par un autre événement pour l’ONG: la prise de parts dans la coopérative Crédal. Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone revient sur ce choix et sur les projets  que porte Amnesty international.

 

Quelques secondes pour mettre de l’ordre dans ses idées. C’est le temps qu’il aura fallu à Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International pour répondre à la question « pouvez-vous revenir sur les actions que vous avez menées en 2019 ? »

C’est que la réponse est tout sauf simple : cette année encore, la section belge francophone d’Amnesty international aura été sur tous les fronts avec un objectif en filigrane, celui de la défense des droits humains. « Nous avons mené une campagne sur les migrants avec des actions telles qu’une exposition photo qui a pas mal voyagé. Cette campagne se termine, mais cela ne veut pas dire que notre action en la matière prend fin : nous continuons à faire du plaidoyer autour de cette thématique. »

Un collectif belge de photographes, Huma, s’est associé à Amnesty pour créer l’exposition photo Je Suis Humain décrivant le parcours de réfugiés en Belgique.

Un collectif belge de photographes, Huma, s’est associé à Amnesty pour créer l’exposition photo Je Suis Humain décrivant le parcours de réfugiés en Belgique.

Ces projets avec une visibilité importante s’accompagnent d’un travail de fond moins visible mais pourtant essentiel. « Ce travail de fond concerne par exemple l’éducation aux droits humains. Nous avons une cinquantaine d’animateurs qui vont par exemple dans les écoles. Pour nous, ces actions sont capitales car elles permettent de toucher des milliers de jeunes. »

 

Ce travail de terrain au quotidien est d’ailleurs l’une des forces d’Amnesty. Et notamment au cours d’une année électorale comme 2019. « Une soixantaine de groupes locaux sont actifs sur le terrain. Ils ne font pas que vendre des bougies, ils sont un moyen d’agir auprès des autorités locales comme ce fut le cas lors des élections en intervenant auprès des candidats. » Les élections, toujours, ont d’ailleurs relancé le combat d’Amnesty autour du contrôle de l’exportation des armes wallonnes.

 

Braquons ensuite notre regard sur les derniers mois de l’année 2019. Ceux-ci seront animés autour d’une nouvelle campagne dans les bureaux d’Amnesty : la lutte contre les violences sexuelles. Un sujet déjà traité par l’organisation mais qui, hélas, reste d’actualité. « En 2004, nous avions mené une campagne contre les violences conjugales et une campagne contre le viol en 2014. Cette fois, nous voulons lutter contre les violences sexuelles en visant les auteurs de ces violences. » Une autre thématique qui sera traitée dans les mois à venir concerne le droit des aînés.

 

En cette fin 2019,
 nous voulons lutter contre les violences sexuelles
 en visant les auteurs de ces violences

 

Amnesty assure également un rôle que Philippe Hensmans qualifie de « mise en demeure » des gouvernements qui ne respecteraient pas leurs engagements internationaux. « Il s’agit principalement de missions de plaidoyer qui visent à s’opposer aux décisions qui ne seraient pas respectueuses des engagements pris par nos gouvernements. »

 

Petit pays, grand impact

Mais si Amnesty sort parfois son zoom pour s’emparer de problématiques belgo-belges, cela ne les empêche pas d’utiliser leur grand angle pour venir au secours des droits humains ailleurs dans le monde. « Une série d’actions sont également menées au niveau international. C’est le cas des actions que nous avons menés devant l’ambassade d’Arabie Saoudite, ou encore devant l’ambassade chypriote pour venir en aide à Ahmed H. Ce Syrien condamné injustement en Hongrie dans le cadre d’une utilisation abusive des dispositions antiterroristes a finalement pu rejoindre sa famille à Chypre. »

 

Manifestation devant l’ambassade chypriote le 16 septembre.

Manifestation devant l’ambassade chypriote le 16 septembre. @Amensty int.

 

La mise en place d’une économie de transition est un des combats que intéresse Philippe Hensmans. C’est l’une des raisons qui l’a poussé à proposer à Amnesty international Belgique francophone de devenir coopérateur de Crédal. Il explique ce choix, « nous sommes devenus coopérateurs de Crédal parce qu’on me l’a demandé (rires). Mais c’est aussi parce que les valeurs de Crédal correspondent à des choix stratégiques au niveau de notre organisation. Crédal propose des fonds éthiques qui investissent de façon clean dans les droits humains. Nous sommes devenus coopérateurs parce que nous croyons dans les valeurs qui sont derrière. » Il rajoute « c'est une manière d’envoyer un signal: si Amnesty investit dans ce projet, c’est parce qu’il vaut la peine. »

 

Notre investissement
est un moyen d’envoyer le signal
que le projet de Crédal vaut la peine

 

Des défis et de l’énergie à revendre

Les médias belges le mentionnent quotidiennement, 2019 a été une année amenant une large série d’angoisses pour les défenseurs des droits de l’homme. Politique identitaire et de rejet de l’autre, montée de l’extrême droite aux quatre coins de l’Europe, … Mais ces menaces ne semblent pas effrayer les bénévoles et les citoyens qui soutiennent Amnesty. « C’est clair qu’une part toujours plus grande de la population semble rejeter, par exemple, les migrants. Nous ce que nous remarquons, c’est que nous avons toujours plus de donateurs et de personnes qui s’impliquent en signant nos pétitions. » Pour Philippe Hensmans, la montée des populismes s’accompagne d’une réaction des citoyens s’opposant à ce mouvement qui, « s’engagent de plus en plus. »

Campagne de sensibilisation lors de la journée mondiale des réfugiés.

Campagne de sensibilisation lors de la journée mondiale des réfugiés. @Amensty int.

 

Mais si la motivation est présente dans les rangs des acteurs de terrain, quel positionnement doit prendre une organisation comme Amnesty dans le paysage médiatique actuel ? Pour le directeur de la branche belge francophone de l’ONG, la réponse est claire : il faut communiquer afin de montrer au citoyen qu’il existe des alternatives au discours populiste. Pour appuyer son propos, il part de l’exemple du résultat de la montée du Vlaams Belang lors des dernières élections et des orientations très à droite du gouvernement flamand fraichement formé, « tout d’abord, il ne faut pas oublier que la majorité n’a pas voté pour un parti d’extrême droite. Ce qu’il se passe c’est que face à ce mouvement, une bonne partie de la population reste silencieuse. Je pense que le souci que nous avons pu observer lors de la campagne électorale en Flandre vient du fait que beaucoup d’acteurs de la société civile et de cette majorité silencieuse ne se sont que peu exprimé sur des thématiques comme la migration de peur de faire de la pub à quelques monomaniaques du tweet. Je pense que c’était une erreur de ne pas montrer qu’il y a des gens qui s’engagent différemment. »

Renaud De Harlez