L’éolien citoyen a le vent en poupe

Clef pour l’énergie durable

À l’automne 2006, les citoyens de Leuze-en-Hainaut découvrent dans leur boîte aux lettres un toutes boîtes qui les invite à participer à une conférence sur la création d’un parc éolien dans leur commune. À l’époque, l’idée paraît complètement folle – utopique – mais elle séduit une poignée d’aventuriers de l’énergie durable. De leurs discussions enflammées naît rapidement un projet concret de parc éolien citoyen et, à peine deux ans plus tard, la coopérative CLEF est créée. Presque 10 ans, plus tard, des éoliennes citoyennes tournent dans nos campagnes et nous montrent que du rêve à la réalité, il n’y a parfois que quelques bonnes volontés engagées. Entretien avec Jean-François Masure, l’un des fondateurs de la coopérative.

De l’utopie à la réalité, il y a les citoyens ?

À l’époque, quand on a tous reçu ce fameux toutes-boîtes, le projet initial de 15 éoliennes à Leuze a été accueilli pour de la folie douce. Finalement, à peine quatre ans plus tard, ce sont 10 éoliennes qui tournent dans nos campagnes et une coopérative de plus de 400 coopérateurs. Ce qui a permis cela ? Je crois que c’est le fait de se mettre à travailler ensemble. A la sortie de la conférence, un petit groupe de motivés aux profils très complémentaires s’est réuni et a commencé à rêver cette utopie. Cela a suffi à lancer la dynamique : deux ans plus tard, nous créiions la coopérative avec 26 coopérateurs et un capital de 22.000 euros. C’est là que les choses sérieuses ont commencé : obtenir le permis et trouver un financement.

Financer une éolienne, c’est facile ?

Des citoyens tout seuls, cela ne paraissait pas très sérieux à l’époque pour un projet de cette envergure. Nous avons décidé de travailler en synergie avec les partenaires industriels et publics qui se sont présentés et, sur les 10 éoliennes installées, il y en a une qui appartient à la coopérative. Concrètement, une éolienne, cela représente un investissement de 3 millions et demi d’euros. Il fallait donc se mettre à la recherche de coopérateurs. Pas facile de les convaincre alors que rien n’était encore concret: ça a été un vrai travail de sensibilisation. En 2011, quand la première éolienne a été érigée, nous étions 400 pour un capital de 800.000 euros. Pour le reste, outre un subside que nous avons obtenu de la Région wallonne, nous avons fait appel aux banques. Les banques traditionnelles, comme il fallait s’y attendre, se sont montrées plutôt frileuses mais Crédal et la Société régionale d’investissement de Wallonie ont bien compris le projet et ont été sensibles à la notion de coopération. Crédal nous a consenti un prêt de 500.000 euros, ce qui était à l’époque le plus gros prêt de leur portefeuille.

Aujourd’hui, les éoliennes citoyennes tournent à plein rendement?

La mise en route de la première éolienne a démontré que l’investissement citoyen dans l’énergie durable était une belle piste. La coopérative a depuis acheté des parts de plusieurs autres éoliennes et nous avons lancé récemment le projet d’une seconde éolienne à 100% coopérative. Nous sommes revenus voir Crédal qui, cette fois, après une analyse minutieuse de notre dossier, a accepté de nous octroyer un crédit de 750.000 euros. Nous nous sommes aussi rendus compte de l’importance de développer notre propre fournisseur d’électricité, citoyen et solidaire, afin que l’électricité produite par les citoyens alimente les citoyens. Ainsi, Cociter revend depuis 3 ans l’électricité de toutes les coopératives éoliennes belges à leurs coopérateurs. La boucle vertueuse est bouclée. Les enjeux énergétiques révèlent aussi des questions plus larges de consommation responsable : on ne peut pas avoir de l’énergie durable pas chère tout en recevant dans le même temps un important dividende. Il faut réapprendre aux gens que l’argent ne se crée pas tout seul et qu’un produit bon marché a toujours des conséquences.


En savoir plus:

www.clef-scrl.be

 

Propos recueillis par Anne-Catherine De Nève, chargée de communication

   
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