Sur un fil, un baladin

Les Baladins du miroir

« Les Baladins ne savent pas que c’est impossible, alors ils le font » annonce Gaspar Leclère, directeur de la troupe de théâtre itinérante des Baladins du miroir. Derrière lui, par la fenêtre, lui offrant avec un à-propos qui frise l’insolence un arrière-plan spectaculaire, un technicien semble danser sur le faîte d’un grand chapiteau jaune et bleu.

Depuis bientôt 40 ans, cette joyeuse bande de trublions de la scène sillonne la Belgique et même le monde pour semer la culture là où elle n’est peut-être pas. Dans les rues, sur les places publiques, les terrains vagues et autres interstices de nos villes et de nos campagnes, le chapiteau est monté en quelques coups de rein et de manivelle, les roulottes et autres chez-soi mobiles dessinent l’espace incorporé pour le temps d’un spectacle. « On aime le paradoxe chez les Baladins » prévient Gaspar dans un large sourire de chat du Cheshire. « On va chez les gens pour les inviter chez nous. Ce qui fait de nous des marchands de fêtes. Ou des marchands d’émotions nées de la fête qu’est forcément le spectacle. On montre, en fait, qu’on peut faire beaucoup avec rien. Ou pas grand chose. »

Et avec pas grand chose, Les Baladins font en effet beaucoup : de la fête, de la musique, des costumes et des lumières ; des émotions, du rire, des pleurs et des larmes ; des convictions, des engagements aussi. « Les histoires que nos spectacles racontent portent en elles le pouvoir de décaler les choses, de décaler le monde. Elles sont parfois très politiques aussi. » Tout le monde ne monte pas sur les barricades mais « chacun a le pouvoir de faire tomber celles qui sont dans sa tête. » Les Baladins nous invitent à jouer au funambule sur le fil que l’on tire entre ce que l’on est et ce que l’on pourrait rêver d’être. « Notre métier, c’est de réveiller ce qui dort, c’est de déplacer ce que l’on pensait figé. La culture est ce qui nous rappelle à notre capacité à nous émerveiller, à voir des choses qui nous dépassent. »

Sur un fil, un balladin

 

Il y a quelques temps, la troupe, dans l’attente d’une subvention qui se fait désirer, rencontre des gros problèmes de liquidités. « Quand on est venu voir Crédal, on ne voyait pas tout rose. Pourtant, des investisseurs pour financer notre projet, je peux en trouver facilement. Mais si j’accepte de l’argent privé, je deviens locataire. J’ai les pieds et les poings liés. Crédal, c’était obtenir un crédit en restant maîtres de nos choix. » Alors que le crédit est sur le point d’être signé, la subvention est libérée, à point nommé. La troupe décide de placer immédiatement une partie de celle-ci chez Crédal. « Quand on a reçu la subvention, on a eu envie de renvoyer l’ascenseur. Quand on place son argent sur un compte, on ne sait pas du tout à quoi il sert. Raccourcir les circuits, c’est toujours payant, à tous les niveaux. »

Ce qu’aime Gaspar Leclère de son métier, c’est le moment comme figé où les gens entrent sous le chapiteau, s’installent dans les gradins. Des bancs qui raclent sur le sol quand on les pousse pour se frayer un chemin, le léger choc des sacs que l’on dépose à ses pieds, un bonjour crié au loin, quelques rires, des murmures. Dans les coulisses, cette étrange excitation... C’est le moment magique où tout est possible.

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www.lesbaladinsdumiroir.be

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Propos recueills par AC de Neve, chargée de communication
Photographie : Olivier Papegnies du Collectif Huma > www.olivierpapegnies.com

   
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