Rendre possible l'insertion

Le piment

Au coeur de Molenbeek, un grand bâtiment se dresse derrière un vaste portail décoré d’un panneau qui invite à entrer et annonce la couleur : « Le Piment, insertion socioprofessionnelle et éducation permanente d’adultes, propose des cours de français langue étrangère, des cours d’alphabétisation, une formation d’électricien résidentiel, des formations d’employé de bureau, des modules de détermination professionnelle et des activités d’éducation permanente et de citoyenneté. » Tout un programme ! Rencontre avec Laurette Deroux, formatrice et agente de guidance, Adrien Lenoble, coordinateur général, et Marco Campagna, formateur, qui nous parlent de ce beau projet qui vise à rendre possible la participation individuelle et collective à la vie en société.

À l’origine, il y aura quarante ans l’année prochaine, alors que la crise économique qui fait suite au grand choc pétrolier bat son plein, un groupe de chômeurs désireux de créer leur emploi dans un projet social communautaire inaugure à Schaerbeek une maison de quartier. Il s’agit, en tant qu’association d’éducation permanente, d’offrir aux habitants de quartiers défavorisés des occasions de se rencontrer, de découvrir les différentes cultures, de valoriser les talents de chacun et surtout de développer des projets collectifs.

Très vite émerge le besoin d’organiser des cours de français langue étrangère. Le Piment associe aux activités collectives (ateliers techniques, animations sportives et culturelles, etc.) une offre de formations pour adultes et investit peu à peu le champ de l’insertion socioprofessionnelle. « Aujourd’hui, nous accueillons un peu plus de 200 stagiaires chaque année, dans des formations qualifiantes ou non. Au coeur de nos activités de formation et d’insertion socioprofessionnelle, nous gardons toujours nos missions d’éducation permanente. Ce que nous visons, finalement, que ce soit par une formation qualifiante ou par la participation à des activités collectives, c’est de (re)mobiliser la personne pour qu’elle puisse devenir un citoyen conscient et actif, qui comprend son environnement et est capable d’y prendre sa place » explique Adrien. Et ce n’est pas qu’une intention à la légère : l’asbl fonctionne en autogestion depuis sa création. Tout le personnel participe à part égale à la gestion quotidienne et aux décisions stratégiques de l’association. 

Quand l’école ne fonctionne pas

Les personnes qui entrent dans les formations offertes par le Piment sont généralement des personnes en demande d’emploi, sous qualifiées, envoyées par les CPAS, Bruxelles Formation ou Actiris. « Nous rencontrons de plus en plus de difficultés à faire passer les tests d’admission à nos formations. Certains jeunes que nous recevons ont fait tout leur cursus scolaire et sont illettrés à la sortie ! On a vraiment l’impression que l’école ne fonctionne plus pour certains jeunes, qui passent littéralement à travers les apprentissages. Le plus souvent, les familles parlent la langue d’origine à la maison ; alors ils partent perdants puisque l’école ne parvient pas à remplir son rôle pour eux » s’indigne Laurette. L’association a ainsi ouvert des préformations pour leur permettre de se remettre à niveau avant de passer les tests d’admission : le minimum d’orthographe, les opérations de base en calcul. Le premier jalon pour entrer en formation ou dans un parcours d’insertion socioprofessionnelle. 

Parcours de vie et guidance psychosociale

Une autre grande partie du public sont des jeunes femmes ou des mères de famille, qui se sont occupées pendant 10 ou 15 ans de leurs enfants et qui, bien souvent après une séparation ou un divorce, souhaitent ou sont forcées de réintégrer le marché de l’emploi. « Mais comment construire un CV quand il y a un trou de dix ans ? Ou aucune expérience professionnelle ? Il y a un véritable travail de guidance psychosociale dans l’accompagnement de ces stagiaires : il leur faut apprendre à mettre leurs enfants à la crèche, venir au cours, être régulière, ponctuelle, etc. Ce sont vraiment les bases de l’insertion socioprofessionnelle qu’elles ont besoin de se réapproprier » souligne Marco.

Apprendre par les jeux

Chaque année, Le Piment organise à l’intention des centres qui s’occupent d’insertion à Bruxelles un Festival du jeu de math et de logique. À l’origine du Festival, il y a la conviction qu’il est possible de déconstruire les peurs grâce à une approche basée sur le jeu, développée par Annick, une formatrice en alphabétisation et en calcul de l’association. Le jeu est un formidable outil pour travailler sur les stéréotypes, et notamment ceux liés au genre ou aux clivages sociaux. Il est aussi un vecteur d’apprentissage sans risque, où chacun peut prendre sa place sans craindre de se tromper. 

L'apport de Crédal

Le Piment compte aujourd’hui 23 équivalents temps plein. « Notre activité dépend en grande partie de subsides qui arrivent souvent avec du retard. Pour préfinancer ces subsides, nous faisons régulièrement appel à Crédal depuis plus de 20 ans. » Le Piment bénéficie actuellement d’un crédit solidaire de 120.000 euros.

Pour en savoir plus

> Le piment asbl
> Crédit solidaire aux associations et aux entreprises de l'économie sociale

Anne-Catherine de Neve, chargée de communication

   
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