Financer le logement social

Bernard Horenbeek, Directeur Général de Crédal

Et si on rêvait d’un modèle économique qui permette de fournir des logements décents à des prix corrects aux publics les plus fragiles ? Et si la finance solidaire avait la capacité de financer ce rêve ? Dans un article paru dans le dernier numéro des Echos du logement, une publication de la Wallonie, nous parlions de nouveaux modèles économiques que Crédal expérimente avec certains acteurs du logement pour contribuer à garantir à tous un logement digne, entre conception éthique du rendement, vision sociale et partenariat avec les pouvoirs publics.

Face à l’ampleur de la crise du logement en Wallonie et à ses conséquences brutales sur les publics les plus fragiles qui peinent à trouver un logement digne et décent, il s’agit aujourd’hui d’inventer de nouvelles voies de financement privé qui articulent une conception éthique du rendement, une véritable vision sociale et un partenariat avec les pouvoirs publics pour faire du logement un réel outil d’inclusion.

Il y a une paire d’années, une entreprise de formation par le travail en région carolorégienne contacte Crédal : un grand ensemble d’immeubles de logements situés à proximité de leurs locaux va être revendu. Les immeubles, occupés par des familles aux revenus très modestes, sont en mauvais état et demandent une importante rénovation. L’EFT n’a naturellement ni la vocation ni les moyens de l’acquérir mais est convaincue de l’importance de ne pas laisser ces logements qui pourraient devenir sociaux tomber aux mains des marchands de sommeil. Crédal pourrait-elle intervenir ? Branle-bas de combat : Crédal et l’EFT rassemblent des partenaires potentiels, entament les discussions avec la Région. Les partenaires sont peu préparés, les solutions à inventer, les négociations à entamer. Le processus, naissant, prend trop de temps et les logements finissent par être rachetés par un investisseur et… encore divisés en deux. C’est, pour Crédal, le déclencheur d’un travail de fond sur la question du financement éthique et social du logement.

Lorsqu’il y a quelques mois, l’Ilôt, dont nous vous parlons plus loin, toque à la porte de Crédal, le terrain est cette fois bien préparé. Le propriétaire d’un ensemble de petites maisons occupées par les bénéficiaires de l’Ilôt annonce son intention de revendre celui-ci. L’asbl a déjà fait de nombreux investissements et, malgré son excellente situation financière, hésite à faire un crédit de plus.

Si Crédal pourrait se porter acquéreur pour l’ensemble, l’idée d’un partenariat s’impose rapidement : pourquoi ne pas créer une coopérative – en associant d’autres partenaires – et acheter ensemble ces maisons ? Tout d’un coup, le projet devient faisable : la structure de la coopérative permet au projet de recevoir un cadre légal souple et facile à mettre en œuvre. Le capital permettra de réduire l’endettement nécessaire pour l’acquisition et la rénovation des logements. Les statuts de la coopérative sont actuellement chez le notaire et une offre d’achat a été faite au propriétaire. D’autres partenaires potentiels se sont manifestés. Grâce à ce montage, ces maisons resteront désormais dans le parc du logement social accompagné et continueront d’offrir une chance de réinsertion à leurs occupants.

Se dessine là un modèle économique bien différent de celui qui soustend les SICAV immobilières – même quand celles-ci jouent la carte du logement social : un modèle économique basé tout autant sur la rentabilité des investissements que sur les objectifs sociaux qui sont alloués à l’argent et sur l’éthique du modèle de gestion. Pour autant, le retour sur investissement est crucial pour assurer la pérennité et la répliquabilité du modèle : l’argent qui y est investi doit conserver sa valeur et pouvoir suivre l’inflation. Et c’est précisément parce que le modèle reste dans une logique économique, basée sur l’investissement – même à faible rentabilité – qu’il parviendra à mobiliser des financeurs éthiques et solidaires privés.

A travers les pages de ce Crédialogue, découvrez quelques-unes de ces belles initiatives dans lesquelles Crédal s’est engagé aux côtés d’acteurs de terrain décidés à faire bouger les choses pour permettre aux plus fragiles de s’ancrer dans l’habitat, réalistes mais toujours idéalistes, critiques mais enthousiastes et qui, en investissant dans les briques, ouvrent la porte à l’innovation sociale.

 

Lire l’article complet dont ce texte est extrait dans Les Echos du Logement: http://spw.wallonie.be/ dgo4/site_echos/

   
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